En 1998, à Kikwit, en République démocratique du Congo, une adolescente de 17 ans doit être opérée en urgence d'une appendicite. L'hôpital n'a pas d'électricité. Il faudra trois jours à son père pour trouver assez de carburant pour faire fonctionner un groupe électrogène et permettre l'opération. Cette adolescente, c'est Ngalula Sandrine Mubenga. Elle en sortira vivante — et avec une conviction qui ne la quittera plus : l'accès à l'électricité n'est pas un confort, c'est une question de vie ou de mort.

Aujourd'hui, Sandrine Mubenga est professeure associée de génie électrique à l'Université de Toledo, aux États-Unis, fondatrice d'une entreprise qui électrifie des communautés en RDC, et l'une des figures les plus reconnues de l'ingénierie énergétique africaine.

3 jours
Le temps qu'il a fallu pour trouver du carburant et opérer la jeune Sandrine Mubenga à Kikwit
50 MW
Puissance photovoltaïque qu'elle a conçue, approuvée ou interconnectée aux États-Unis
28%
Part des femmes parmi les diplômés en ingénierie dans le monde, selon l'UNESCO

Ce dernier chiffre situe l'ampleur de ce que représente son parcours. Dans un secteur — l'ingénierie électrique et énergétique — où les femmes restent minoritaires partout dans le monde, une ingénieure congolaise a construit une carrière qui va de la recherche universitaire américaine à l'électrification de terrain en Afrique centrale.

D'un accident de parcours à une vocation d'ingénieure

Née à Kinshasa, fille d'un diplomate, Sandrine Mubenga a grandi entre la RDC, la France, le Sénégal et les États-Unis, où elle réside aujourd'hui. Elle parle couramment français, anglais, kikongo, lingala, swahili et tshiluba. C'est à l'Université de Toledo, dans l'Ohio, qu'elle obtient sa licence, son master puis son doctorat en génie électrique, avec mention. Ses travaux de recherche portent sur les systèmes de gestion de batteries — un domaine directement issu de l'expérience vécue à Kikwit : comprendre et fiabiliser le stockage d'énergie.

Une panne d'électricité vécue comme une urgence médicale, transformée trente ans plus tard en une carrière consacrée à rendre l'énergie plus fiable pour d'autres.

En 2018, elle met au point le "Bi-Level Equalizer", une technologie brevetée qui combine les avantages des équilibreurs actifs et passifs pour prolonger la durée de vie des batteries lithium-ion — un enjeu central pour les véhicules électriques comme pour le stockage solaire.

Trois étapes d'un parcours qui relie recherche et terrain

01
2011 — SMIN Power Group, l'électrification par l'entrepreneuriat

Sandrine Mubenga fonde SMIN Power Group, une entreprise basée aux États-Unis et en RDC. Sa mission : concevoir et installer des systèmes d'énergie renouvelable — éclairage public, pompage d'eau, alimentation d'écoles et d'hôpitaux — dans des communautés congolaises confrontées aux mêmes coupures qu'elle a connues à Kikwit. L'entreprise a été distinguée parmi les "Top 5 Innovators" par Congo Na Paris Magazine pour sa contribution aux énergies renouvelables en RDC.

02
2018 — STEM DRC Initiative, former la relève

Convaincue que l'électrification durable de l'Afrique passe aussi par ses propres ingénieurs, elle crée une organisation à but non lucratif qui octroie des bourses d'études à des étudiants congolais dans les filières scientifiques et techniques. L'objectif : que les solutions énergétiques du continent soient de plus en plus conçues par des Africains, sur le terrain.

03
2020 — Un rôle institutionnel dans l'électrification nationale

Sandrine Mubenga est nommée Directrice générale de l'agence de régulation de l'électricité de la République démocratique du Congo, après avoir siégé au conseil d'administration de la Société Nationale d'Électricité (SNEL). Elle passe ainsi de l'entreprise privée à la politique publique de l'énergie, tout en continuant à enseigner et à faire de la recherche à Toledo.

Ce que ce parcours dit du secteur de l'énergie en Afrique

L'histoire de Sandrine Mubenga n'est pas seulement celle d'une réussite individuelle. Elle éclaire une réalité structurelle du secteur : dans le monde, seulement 28% des diplômés en ingénierie sont des femmes, selon un rapport de l'UNESCO. Sur le continent africain, la situation est contrastée — certains pays du Maghreb affichent des taux de féminisation supérieurs à ceux de nombreux pays occidentaux, tandis que l'Afrique subsaharienne reste, dans l'ensemble, en retrait sur la représentation des femmes dans les métiers techniques de l'ingénierie et de l'énergie.

Dans ce contexte, le fait qu'une ingénieure congolaise ait construit une carrière qui traverse la recherche universitaire, l'entrepreneuriat énergétique de terrain et la régulation publique n'est pas anecdotique. C'est un signal pour tout le secteur solaire hors réseau ouest-africain : les compétences techniques de haut niveau existent sur le continent et dans sa diaspora, et les meilleures solutions énergétiques pour l'Afrique gagnent à être conçues avec — et par — des Africaines et des Africains qui connaissent le terrain de l'intérieur.

Une panne d'électricité vécue à 17 ans est devenue, des décennies plus tard, une entreprise, une bourse d'études et une politique publique.

Une inspiration pour l'écosystème solaire ouest-africain

Le parcours de Sandrine Mubenga résonne particulièrement avec les enjeux que rencontre le secteur solaire hors réseau en Afrique de l'Ouest francophone : le besoin d'ingénieurs formés localement, la nécessité de modèles économiques viables pour l'électrification rurale, et l'importance de faire confiance à une expertise technique qui vient du continent lui-même.

Pour les jeunes ingénieures et ingénieurs de la région — notamment celles et ceux qui, comme elle, ont grandi avec des coupures d'électricité comme réalité quotidienne — son parcours illustre une trajectoire possible : de l'expérience vécue du manque d'énergie à la construction de solutions concrètes pour d'autres.

Conclusion

Sandrine Mubenga n'a pas seulement développé une technologie de gestion de batteries ou fondé une entreprise solaire. Elle a transformé une expérience personnelle de vulnérabilité énergétique en une carrière entière consacrée à ce que d'autres n'aient pas à la revivre. Pour un secteur encore largement masculin, et pour une région — l'Afrique de l'Ouest — qui a un besoin urgent de compétences techniques locales en énergie, c'est un exemple qui mérite d'être connu et raconté.

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Hanniel Sanou
À propos de l'auteur
Hanniel Elischama Sanou
Coordinateur Général — Mistral Group · Bobo-Dioulasso, Burkina Faso

Étudiant en Physique et Ingénierie de l'Énergie à l'Université Virtuelle du Burkina Faso (UVBF). Certifié ROGEAP en installation, dimensionnement et maintenance de systèmes solaires hors réseau. Coordinateur Général de Mistral Group. Il écrit le Magazine de l'Énergie depuis Bobo-Dioulasso.